Choisir un logiciel de conception routière engage un bureau d’études pour plusieurs années : formats de fichiers, méthode de travail, formation des équipes, interopérabilité avec les autres corps de métier… Sur le marché francophone, trois solutions reviennent systématiquement dans les appels d’offres et les comparatifs internes : OpenRoads Designer de Bentley Systems, Civil 3D d’Autodesk, et Covadis, l’extension AutoCAD développée par Geomedia (groupe Sogelink). Chacune répond à une philosophie de conception différente. Ce comparatif détaille leurs forces respectives sur 10 critères concrets, pour vous aider à choisir l’outil le plus adapté à la taille, à la complexité et aux ambitions BIM de vos projets d’infrastructure linéaire.
Trois philosophies de conception pour un même objectif
Sur le papier, OpenRoads Designer, Civil 3D et Covadis visent tous à concevoir des routes, des carrefours et des réseaux d’assainissement. Dans la pratique, leur architecture logicielle diffère profondément. Civil 3D et Covadis sont tous deux construits sur ou autour d’AutoCAD : le premier ajoute des objets civils intelligents à l’environnement Autodesk, le second est un ensemble de modules métier VRD qui s’installe par-dessus AutoCAD. OpenRoads Designer, à l’inverse, repose sur un moteur de modélisation BIM natif, indépendant, pensé dès l’origine pour les infrastructures linéaires et les grands programmes multidisciplinaires.OpenRoads Designer, la modélisation BIM native pensée pour les grands corridors
OpenRoads Designer gère nativement la modélisation de corridors, les levés, le drainage et les réseaux souterrains dans un seul environnement 3D paramétrique. Les relations entre éléments de génie civil sont conservées tout au long du projet : modifier un profil en long met automatiquement à jour les coupes, les cubatures et les documents associés. Cette approche « model-first » réduit le risque de décalage entre plans 2D et modèle réel, un point critique sur les grands projets d’infrastructure.Civil 3D, la puissance d’AutoCAD étendue au génie civil
Civil 3D reste une référence pour les bureaux d’études déjà équipés en AutoCAD et travaillant sur des projets de taille petite à moyenne. Sa prise en main est rapide pour un utilisateur AutoCAD expérimenté et son écosystème (assemblages, sous-assemblages, styles) est mature. Les utilisateurs constatent en revanche davantage de ralentissements et d’instabilités lorsque les modèles s’étendent sur de longs linéaires ou intègrent de nombreuses disciplines simultanément.
Covadis, l’expertise VRD et topographie sur base AutoCAD
Développé par Geomedia (aujourd’hui intégré au groupe Sogelink), Covadis est particulièrement apprécié des géomètres-experts et des petits bureaux d’études VRD francophones pour ses modules de topographie, de calcul de cubatures et de conception de réseaux d’assainissement. Fonctionnant comme une extension d’AutoCAD, il hérite à la fois de ses qualités (interface familière, DWG natif) et de ses limites sur les très grands projets multidisciplinaires.
Tableau comparatif : les 10 critères qui font la différence
Pour aller au-delà des discours commerciaux, voici une synthèse sur dix critères réellement structurants pour le choix d’un logiciel de conception routière.| Critère | OpenRoads Designer | Civil 3D | Covadis |
|---|---|---|---|
| Architecture de modélisation | Moteur BIM natif, modélisation paramétrique 3D indépendante d’AutoCAD, basé sur l’intention de conception | Objets civils intelligents intégrés à AutoCAD | Extension métier VRD/topographie sur AutoCAD |
| Grands corridors linéaires | Optimisé pour les corridors longs et complexes, stable sur de très gros modèles | Performant sur projets courts à moyens, ralentissements possibles au-delà | Adapté aux projets VRD de taille locale à moyenne |
| Interopérabilité multi-format | i-models, IFC, DGN, DWG, nuages de points, formats ouverts natifs | DWG natif, exports IFC/LandXML via modules complémentaires | DWG natif, exports IFC et LandXML |
| Maillage photoréaliste & nuages de points | Intégration native avec iTwinCapture Modeler et Bentley Descartes | Intégration via ReCap et modules tiers | Import de nuages de points, traitement plus limité |
| Collaboration multidisciplinaire | Environnement partagé iTwin/ProjectWise, un modèle unique pour toutes les disciplines | Collaboration via Autodesk Construction Cloud | Collaboration principalement basée sur l’échange de fichiers DWG |
| Conception générative & automatisation | Catalog Services, règles de corridor paramétriques réutilisables | Assemblages et sous-assemblages Civil 3D | Chaînes de calcul et bibliothèques d’objets VRD prédéfinis |
| Stabilité sur projets complexes | Conçu pour les grands programmes d’infrastructure nationaux | Bonne stabilité sur projets de taille moyenne | Bonne stabilité sur projets locaux |
| Écosystème logiciel complémentaire | PLAXIS, OpenFlows, Synchro 4D, MicroStation, OpenBuildings | Écosystème Autodesk (Revit, InfraWorks, Navisworks) | Principalement limité à AutoCAD et ses extensions |
| Modèle de licence | Location annuelle ou licence perpétuelle, contrat SELECT | Abonnement mensuel ou annuel Autodesk | Abonnement annuel, généralement lié à une licence AutoCAD |
| Support et accompagnement francophone | Réseau de partenaires certifiés dont beCAD, formation et support dédiés | Support Autodesk et revendeurs généralistes | Support éditeur et revendeurs |
Pourquoi de plus en plus de grands projets d’infrastructure basculent vers OpenRoads Designer
Le tableau ci-dessus met en évidence une tendance de fond : dès qu’un projet dépasse une certaine taille, implique plusieurs disciplines (routes, réseaux, structures, géotechnique) ou doit livrer un modèle BIM exploitable dans la durée, OpenRoads Designer prend l’avantage. Son moteur de modélisation partagé avec MicroStation et OpenBuildings Designer (même format de fichier sur l’ensemble des applications métiers de Bentley Systems : le format DGN), sa compatibilité native avec les i-models, et son intégration directe à des solutions comme PLAXIS 3D (géotechnique), OpenFlows (hydraulique) ou Synchro 4D (planification de chantier) en font une plateforme plutôt qu’un simple logiciel de dessin. Pour un maître d’ouvrage exigeant une maquette numérique unique, actualisée en continu depuis les études jusqu’à l’exploitation, cette continuité change concrètement la donne.Cas d’usage : quel logiciel pour quel contexte ?
Pour un géomètre ou un petit bureau d’études VRD travaillant sur des projets locaux (lotissements, voiries communales), Covadis reste un choix pertinent et économique dans un environnement AutoCAD déjà maîtrisé. Pour un bureau d’études de taille moyenne, déjà équipé Autodesk et travaillant sur des projets routiers ponctuels, Civil 3D conserve des atouts en termes de prise en main. Dès que le projet grandit — corridor autoroutier, contournement, ligne ferroviaire, programme multi-lots avec obligations BIM — OpenRoads Designer devient l’option la plus robuste, grâce à sa stabilité sur les grands modèles et à son écosystème d’infrastructure intégré.
Foire aux questions
Civil 3D et OpenRoads Designer sont-ils compatibles entre eux ?
Oui, dans une certaine mesure. Les deux logiciels échangent des données via les formats DWG, IFC et LandXML. En revanche, les objets intelligents propres à chaque plateforme (objets civils Civil 3D, éléments paramétriques OpenRoads) ne se transfèrent pas avec toute leur intelligence métier : un modèle importé conserve sa géométrie mais perd une partie de ses règles de conception d’origine.Covadis peut-il gérer un projet BIM à grande échelle ?
Covadis peut produire des livrables IFC et s’inscrire dans une démarche BIM, mais il reste architecturé comme une extension d’AutoCAD plutôt que comme une plateforme BIM native. Sur des programmes multidisciplinaires de grande ampleur, cette architecture atteint plus vite ses limites que celle d’OpenRoads Designer. Il est à noter qu’OpenRoads Designer supporte sans difficulté les “activeurs d’objets” (Objects Enablers) nécessaires à la visualisation des objets Civil 3D hors de cette application.Pourquoi choisir OpenRoads Designer plutôt que Civil 3D pour un grand projet d’infrastructure ?
Principalement pour trois raisons : la stabilité du logiciel sur de très grands modèles linéaires, l’interopérabilité native avec l’écosystème BIM Bentley (MicroStation, OpenBuildings, i-models), et la capacité à maintenir un modèle unique, cohérent, du concept jusqu’à la construction. Ces atouts pèsent d’autant plus lourd que le projet est long, complexe et multidisciplinaire.